Doser les risques, une manière de prendre soin de soi
Doser les risques liés à l’alcool ne se limite pas à réduire les quantités consommées. Il s’agit d’abord d’observer ses usages, ses fragilités et d’adopter des actions adaptées pour renforcer sa sécurité et son bien‑être.
Comprendre sa consommation
pour mieux se protéger
- Sortir d’une logique de culpabilisation, afin d’adopter un regard plus constructif sur la consommation et pouvoir l’analyser avec le recul nécessaire.
- Observer comment, pourquoi et dans quelles conditions l’on consomme.
- Repérer les moments, rituels ou contextes qui augmentent les risques.
- Mettre en place des ajustements réalistes pour sécuriser les pratiques.
- Avancer progressivement, en priorisant ce qui peut réellement évoluer et en agissant de manière réaliste sur ce qu’il est possible de faire bouger dans ses habitudes.
dOSER, c’est rappeler que la réduction
des risques est une approche pragmatique
il ne s’agit pas de viser un contrôle total, mais de cibler en priorité les risques les plus importants afin de les réduire concrètement.
Les principes d’action pour doser les risques
Faire avec la réalité
La RdR alcool s’appuie sur la réalité des personnes et de leur quotidien, sans promettre de changements immédiats ou irréalistes. Elle vise à construire des solutions concrètes progressives et atteignables, adaptées aux contextes de vie et aux besoins spécifiques de chacun.e.
Faire avec l’alcool
Le principe de « faire avec » constitue le fondement de l’approche RdR Alcool. Il repose sur la prise en compte de la place réelle de l’alcool dans la vie de la personne et constitue le point de départ pour agir à partir de là où elle en est, sans exiger de changement préalable ou significatif de sa consommation.
Tenir compte de la stigmatisation et des représentations
La stigmatisation, la honte et les représentations négatives liées à l’alcool peuvent créer des obstacles et renforcer la pression de se conformer rapidement aux attentes de changement. Lorsque ces objectifs deviennent inatteignables, cela peut entraîner des processus d’éloignement et de rupture avec l’accompagnement ou le soutien proposé.
L’approche RdR Alcool vise à apporter du réconfort, à décrypter les préjugés et à rassurer la personne, tout en la soutenant dans la perspective d’une amélioration possible de sa situation.
Tenir compte des difficultés de se contraindre à l'arrêt
Certaines personnes peuvent percevoir l’arrêt complet ou l’abstinence comme un objectif difficile à atteindre, pour diverses raisons. Reconnaître cette réalité ne doit pas exclure mais ouvrir la voie à d’autres formes de changement et d’amélioration.
On peut intervenir sur l’ensemble des situations qui ont une incidence sur les consommations. La consommation d’alcool ne peut pas être isolée des autres aspects de la vie d’une personne. La RdR alcool adopte une approche globale, considérant que les consommations sont à la fois influencées par et influencent un ensemble de facteurs personnels, sociaux et environnementaux, sur lesquels il est possible d’agir.
Personne accompagnée
On peut aussi dire à une personne que si cette consommation existe, qu’elle fait partie de sa vie alors il faut la prendre en considération, parce qu’elle influence toutes les dimensions de sa vie.
Educateur spécialisé
Je ne tiens pas à faire l’apologie de l’alcool mais je considère que ce n’est pas en arrêtant de boire que tout sera réglé. Et puis surtout, je n’aspire pas à stopper totalement ma consommation. Il s’agit pour moi de boire moins et autrement pour que ce soit une joie et plus un problème.
personne concernée
Je ne questionne plus la quantité des consommations mais les habitudes de consommations. On s’est rendues compte qu’en travaillant autour des modes de consommation et des conditions de vie cela améliore l’environnement des personnes et, au final, leurs consommations diminuent.
Infirmier
On m’a demandé quel était mon objectif, sans jamais rien m’imposer. Ma démarche est alors devenue la leur et non pas l’inverse.
personne accompagnée
Les équipes constatent que les personnes renoncent parfois à l’hébergement ou alors quand elles sont hébergées, cachent leurs consommations de peur d’être sanctionnées.
Cheffe de service
Je pense que c’est comme un régime, le régime où tu perds beaucoup de poids tout de suite et tu te mets en difficulté c’est pas celui qui va marcher.
personne CONCERNéE
J’ai trop souvent été témoin d’une mise à l’écart des personnes qui, à cause de leurs consommations, n’étaient pas acceptées dans les dispositifs d’hébergement ou n’arrivaient pas à tenir dans le cadre contraignant qui leur était imposé.
Infirmière
C’est un endroit où on regarde pas l’alcool comme un problème en soi. On va essayer de comprendre le rôle que ça joue dans ta vie et c’est cette compréhension qui va te permettre d’avoir une consommation plus adaptée à ce que tu aimerais avoir.
personne accompagnée
Les personnes consommatrices d’alcool ont souvent fait l’expérience au cours de leur parcours d’une seule proposition de soin autour de l’abstinence, avec des résultats pas toujours concluants et parfois même douloureux car ils renforcent la honte et la stigmatisation.
Chef de projet santé
Et notamment, à ce moment-là, quand je suis arrivé, j’avais surtout besoin d’être écouté, je pense. Écouté par quelqu’un qui se met un peu plus à mon niveau.
Personne accompagnée
Suite à un déménagement, l’équipe a expérimenté l’autorisation de la consommation d’alcool au sein du centre, face aux alcoolisations insécurisées observées quotidiennement aux abords, sources de risques, d’incidents et de tensions avec le voisinage.
Educateur spécialisé
Et ça, je pense que le suivi, il n’a pas qu’amélioré ma vie à moi, il a amélioré la vie de gens qui m’entourent, et parce que, ouais, la RDR, ça se partage comme un bon verre de pinard, quoi.
personne CONCERNée
La liberté de boire leur permet de boire mieux, et même de boire moins !
Infirmière
Un levier d’action pour les Pros
Accompagner des personnes consommatrices d’alcool consiste avant tout à agir sur toutes les situations à risques qu’elles rencontrent, bien au-delà de l’accompagnement vers l’arrêt ou l’abstinence.
L’entrée dans l’accompagnement par la réduction des risques permet alors de sécuriser les situations, de limiter les risques immédiats et d’améliorer concrètement la qualité de vie, même lorsque la consommation se maintient.
Agir sur les risques, une démarche pragmatique pour créer les conditions du changement.
Travailler sur les risques avant de viser une modification globale des consommations doit permettre de :
- renforcer l’alliance
- éviter les situations d’aggravation
- soutenir l’autonomie
- améliorer durablement le bien-être
Vous souhaitez approfondir cette approche ?
Découvrez nos pages dédiées aux professionnel·les :
Par où commencer ?
Les 10 risques à surveiller de près
01.
La déshydratation
Il s’agit d’un risque permanent qui doit être explicitement rappelé, afin de garantir une vigilance continue. La consommation d’alcool entraîne une déshydratation susceptible de provoquer des effets somatiques à court comme à long terme. Dans une approche de réduction des risques liée à l’alcool, il demeure indispensable de veiller quotidiennement à une hydratation suffisante.
Que faire ?
Alterner systématiquement la consommation d’alcool avec des boissons soft hydratantes. Informer sur le risque de déshydratation. Explorer la capacité de la personne à penser à s’hydrater. Proposer des boissons attrayantes ou fortes en goût.
O2.
La dénutrition
La consommation d’alcool peut réduire l’appétit, perturber les sensations alimentaires et rendre difficile une alimentation régulière. Boire sans manger augmente les risques somatiques, accentue la fatigue, fragilise l’organisme et peut aggraver les effets de l’alcool et les risques liés à la consommation.
Que faire ?
Prévoir des collations ou repas adaptés ou favoriser des aliments faciles à consommer. S’appuyer sur les goûts, les habitudes et les capacités réelles de la personne et valoriser les initiatives pour encourager l’amélioration progressive. Vérifier régulièrement la capacité de la personne à manger de manière suffisante. Faciliter l’accès à des collations dans les lieux d’accueil ou lors des accompagnements.
O3.
L’épuisement
Si l’alcool peut faciliter l’endormissement, il nuit au sommeil réparateur. Cela peut provoquer un épuisement durable et impacter fortement le quotidien.
Que faire ?
S’intéresser régulièrement à la qualité du sommeil ou au sentiment d’épuisement. Repérer les signes d’alerte. Vérifier la possibilité de récupérer après une alcoolisation. Faciliter l’accès à des espaces de repos dans les lieux d’accueil.
O4.
Les chutes, les déplacements
La consommation d’alcool altère les réflexes, la motricité, l’équilibre et la perception spatiale. Les risques de chute sont élevés, avec un risque accru de traumatismes. Les déplacements peuvent également devenir dangereux : difficultés à évaluer les distances, mauvaise coordination, réactions ralenties ou gestes désorganisés, augmentant les risques de collisions, de faux pas ou de pertes d’appui.
Que faire ?
Veiller aux conditions d’accès au service. Porter une attention particulière aux déplacements, notamment lorsque la personne a consommé, afin de prévenir les risques liés à une altération des réflexes, de la coordination et de l’orientation. Après une chute, explorer systématiquement la présence de lésions ou de signe de confusion.
O5.
L’hypothermie
La consommation d’alcool augmente les risques d’hypothermie en réduisant la perception du froid, tout en accélérant la perte réelle de chaleur corporelle.
Que faire ?
Informer sur ce risque parfois mal perçu en sensibilisant à la fausse sensation de chaleur. Identifier les situations à risque et vérifier les stratégies de protection. Proposer ou faciliter l’accès à des boissons chaudes. Être vigilant lors des périodes de grand froid.
O6.
Les alcoolisations excessives
ou le manque d’alcool
Les fortes alcoolisations, consommations rapprochées, prises non contrôlées après une période de manque, stratégies d’adaptation improvisées, ou encore recherche d’effets rapides peuvent exposer à des risques importants. A l’inverse, le manque d’alcool peut également entraîner des complications sévères, parfois vitales. Une rupture brutale de consommation peut provoquer des symptômes de sevrage importants, susceptibles d’altérer le jugement, d’augmenter l’anxiété ou de générer des risques médicaux majeurs. Contraindre quelqu’un à arrêter, même temporairement, peut désorganiser ses usages, renforcer le sentiment d’urgence, et favoriser des consommations massives ou incontrôlées.
Que faire ?
Anticiper les situations possibles de suralcoolisation ou de rupture d’alcool afin de mettre en place des stratégies de sécurisation. Soutenir l’organisation des consommations au quotidien. Informer la personne et, si nécessaire, adapter les modalités d’accueil pour limiter les risques associés. Repérer l’équilibre de consommation adapté à la personne.
O7.
La honte
Les personnes en difficulté avec leurs consommations ressentent souvent de la honte, nourrie par le regard social qui stigmatise leurs habitudes et leurs modes de vie. Cela provoque des ruptures, retarde les demandes de soutien et aggrave les situations.
Que faire ?
Mobiliser des pratiques d’accueil bienveillantes. Utiliser un argumentaire RdR Alcool pour déconstruire les représentations négatives.
O8.
L’isolement
Les personnes concernées vivent fréquemment un isolement personnel et professionnel. Elles sont stigmatisées ou s’auto-excluent pour éviter le jugement, ce qui contribue à l’aggravation des situations.
Que faire ?
S’intéresser à leur vie sociale et aux ressources autour d’elles. Faire des propositions d’inclusion, construire des stratégies avec la personne pour rompre son isolement.
O9.
Le sentiment de fatalité
Certaines personnes, après de multiples tentatives infructueuses peuvent développer un sentiment de fatalité. Elles pensent que « rien ne marchera ». Ce sentiment constitue un risque d’aggravation : il limite les capacités d’agir, fragilise l’estime de soi et peut renforcer les consommations ou décourager tout recours à un soutien.
Que faire ?
Porter l’espoir lorsque la personne ne se sent pas la force d’espérer. Reconnaître les efforts consentis pour que le découragement puisse être exprimé sans crainte sans qu’il soit interprété comme un manque de motivation. S’appuyer sur des objectifs d’amélioration accessibles, même modestes, pour engager un changement positif. Identifier et explorer ce qui a déjà fonction. Travailler l’estime de soi et les ressources personnelles.
10.
Les ruptures de soins
Les personnes en difficulté sont particulièrement exposées aux ruptures de suivi psychologique, social ou médical. Ces ruptures aggravent les situations et peuvent renforcer les consommations.
Que faire ?
Repérer les ruptures et coordonner les prises en charge. Communiquer sur la dynamique RdR Alcool mise en place pour faciliter les orientations et inclusions. Suivre et ajuster les parcours.
Mieux connaître ses risques,
C’est déjà se protéger
Pouvoir identifier ce qui, dans ses habitudes ou dans son quotidien, peut créer des situations à risque
Comment ?
Observer sa consommation dans tous les aspects de sa vie
- Santé : surveiller le sommeil, l’alimentation, la fatigue et le bien‑être physique et mental
- Relations : repérer les tensions ou conflits avec la famille, les amis ou les collègues
- Travail / études : évaluer l’impact sur la performance, l’assiduité et la sécurité
- Finances : contrôler les dépenses liées à la consommation et leur effet sur le budget
- Sécurité : identifier les comportements ou situations à risque et les éviter
- Loisirs et quotidien : ajuster les routines et activités pour préserver ses objectifs personnels
Quoi faire ?
Tester des pistes d'amélioration dans son quotidien
- Identifier les situations ou les habitudes qui font prendre des risques
- Repérer les effets de sa consommation sur son quotidien
- Ajuster ses pratiques pour se protéger
- Mettre en place des stratégies de prévention adaptées
- Rechercher des ressources ou des soutiens pour mieux gérer sa consommation
- Améliorer sa sécurité et son bien‑être
Outil
Le carnet de bord pour observer sa consommation
Ce carnet de bord est un outil d’auto-observation à compléter au quotidien. Il permet de suivre ses actions et leurs effets dans différents domaines, afin de mieux comprendre ses besoins, ses consommations et son équilibre général. Un support simple pour identifier des repères, ajuster ses pratiques et avancer à son rythme.
Vers qui se diriger si vous avez besoin d'aide ?
Il existe de nombreux dispositifs d’accompagnement partout en France. Selon votre situation, plusieurs ressources peuvent vous orienter et vous soutenir.
Des informations et contacts près de chez vous
Le site Alcool Info Service recense les structures d’aide disponibles sur l’ensemble du territoire.
Des ressources officielles pour mieux comprendre et agir
Vous pouvez trouver des ressources sur le site de la MILDECA.
Être accompagné.e
par l'association dOSER
Des accompagnements peuvent être envisagés
L’accompagnement proposé par l’association dOSER est centré sur le soutien à la coordination des parcours de soins et sur la gestion des consommations.
L’objectif n’est pas l’arrêt des consommations, mais la recherche d’un meilleur équilibre de vie, intégrant les consommations, selon les choix individuels de chacun·e.
Nos accompagnements sont proposés en nombre limité afin d’assurer un suivi attentif et personnalisé, l’accès se fait généralement sur inscription ou liste d’attente. Ils s’inscrivent dans le cadre d’un SITE PILOTE, dispositif unique en France, soutenu par l’Assurance Maladie, destiné à expérimenter, faire évoluer et proposer de nouvelles solutions pour les personnes consommatrices d’alcool.
Trois accompagnant·e·s, travailleurs sociaux de formation et formé·e·s à la Réduction des Risques Alcool, vous soutiennent dans la mise en œuvre d’une démarche adaptée à votre situation. Ils vous accompagnent pour construire des stratégies individuelles pouvant améliorer vos habitudes de consommation et votre qualité de vie.
Actuellement, les accompagnements se déroulent via des entretiens individuels en distanciel.
Nos outils et goodies
RdR Alcool accessibles à tous !
Goodies, visuels, objets de sensibilisation et supports de campagne : chaque élément est pensé pour informer autrement, ouvrir le dialogue et prolonger le message RdR au quotidien hors les murs de dOSER.