Oser changer
le regard sur l’alcool
Les représentations sur l’alcool et sur les personnes qui en consomment sont influencées par les normes sociales, les repères moraux et les messages de prévention et d’information.
Lorsqu’il s’agit d’appréhender le rapport à l’alcool, deux marqueurs prédominent : la notion de dépendance et la maîtrise des quantités.
Aujourd’hui, ces visions peuvent être enrichies en élargissant le regard à toutes les dimensions liées à la consommation, afin d’ouvrir de nouvelles pistes de réponses pour celles et ceux qui souhaitent repenser leur relation à l’alcool.
Repenser notre rapport à l’alcool, c’est oser changer le regard.
C’est reconnaître que certaines façons d’aborder la consommation peuvent générer honte, culpabilité et stigmatisation pour celles et ceux qui ne se conforment pas aux normes ou pratiques attendues. C’est aussi reconnaître que certaines réponses, trop exigeantes ou peu adaptées aux réalités de vie, aux parcours des personnes concernées, peuvent isoler, freiner le recours au soin et rendre invisibles leurs besoins comme leurs efforts de changement.
En RdR Alcool, on m’a appris que le mot alcoolique n’existait pas, on préfère parler de consommateur. De même qu’on ne cherche pas à régler un problème mais à définir le bon rapport.
Personne accompagnée
Aborder la question de consommation d’alcool avec un autre regard plus positif, ça donne beaucoup d’espoir et d’humanité.
Infirmier
Ma consommation me mettait parfois en danger et le regard des autres, qu’il soit jugeant ou inquiet, me pesait.
personne concernée
dOSER adopte un nouvel angle de vue disruptif.
Psychologue
Le jugement commence par les mots et, mal choisis, ils peuvent faire beaucoup de mal et conduire à boire davantage.
personne concernée
La RdR Alcool nous a aidé à porter un nouveau regard sur cette thématique et à trouver de nouveaux mots pour en parler, tant entre professionnels qu’avec les personnes accompagnées.
Assistante sociale
La première étape est de déconstruire ce sentiment de culpabilité qui empêche de réfléchir et d’avancer.
personne accompagnée
Cela m’a montré qu’on peut parler d’alcool comme on parle de tout le reste !
Travailleur social
L’alcool, c’est quand même compliqué à… Compliqué à prendre en charge, compliqué d’expliquer. Bizarrement, c’est très, très courant, mais c’est aussi super mal vu.
personne CONCERNée
Je crois, avec ces deux expériences, qu’il y a beaucoup de représentations sur l’alcool et des craintes qui dans la réalité ne sont pas fondées.
Educatrice spécialisée
Comme je disais y a un moment y a de grosses étapes, le faire sans par exemple. Mais tout ce qu’il y a avant, le faire avec, c’est beaucoup moins pris en considération.
Personne accompagnée
La consommation d’alcool est souvent identifiée comme une problématique « addicto » et donc décloisonnée des autres domaines du parcours de vie. De sorte que d’autres consommations d’alcool, comme celle des personnes âgées par exemple, passent souvent sous les radars.
Conseillère technique
Un nouvel angle pour accompagner autrement
Parce que le regard porté sur l’alcool conditionne directement les réponses proposées.
Parce qu’une recherche de solution centrée sur la dépendance ou les quantités laisse de côté de nombreuses situations et besoins.
Parce que la stigmatisation freine l’accès au soutien et retarde les démarches de changement.
Parce qu’il est possible de faire autrement : en ouvrant la focale pour s’attacher aux situations à risques, aux contextes de consommation et aux besoins concrets des personnes, afin de construire des réponses non pas uniquement centrées sur la baisse des quantités, mais en mettant l’accent sur la gestion des risques.
Parce que des approches plus ouvertes permettent de mieux accompagner la diversité des parcours et d’améliorer l’efficacité des réponses en santé publique.
Le changement de regard amené par la RdR Alcool s’adresse à toutes et tous. Il doit être porté de manière sociétale, collective.
Changer de regard parce que la stigmatisation, la honte et la culpabilité freinent l’accès au soin et peuvent aggraver la situation des personnes.
Changer de regard, c’est ouvrir la focale pour regarder au-delà de la dangerosité ou de la dépendance et intégrer les risques induits par la consommation. Toutes les manières de boire peuvent comporter des risques, pas seulement celles jugées excessives.
Le truc en plus pour les Pros
Changer de regard,
c'est aussi changer
de posture professionnelle
Mettre en œuvre la Réduction des Risques Alcool suppose, avant tout, un déplacement du regard professionnel.
Nos représentations — influencées par les normes sociales, les repères moraux et les discours dominants — façonnent nos pratiques, parfois sans que nous en ayons conscience.
Si l’alcool est d’abord envisagé sous l’angle de la dépendance, du manque de maîtrise ou de la faute, l’accompagnement risque de se centrer uniquement sur la réduction des quantités ou l’arrêt, laissant de côté d’autres dimensions essentielles.
Changer de regard constitue donc une condition préalable pour intégrer pleinement l’approche RdR Alcool.
Pour les professionnel·les du médico-social, de la santé ou de l’accompagnement,
élargir le regard permet :
- d’ouvrir un espace de dialogue plus serein autour des consommations
- de renforcer l’alliance et la confiance
- d’identifier des besoins souvent invisibilisés
- d’intervenir plus tôt, sans attendre l’installation d’une dépendance
- d’adapter les réponses à la diversité des parcours
- de dépasser une lecture exclusivement centrée sur la dépendance
- de considérer les consommations dans leur contexte réel
En déplaçant la focale de la seule dépendance vers les situations à risque, la RdR Alcool offre un cadre pragmatique et opérationnel, complémentaire aux approches existantes. Elle sécurise les situations, soutient l’autonomie des personnes et renforce l’efficacité des accompagnements en proposant des réponses plus adaptées, plus efficaces et plus respectueuses des réalités vécues.
Pour intégrer concrètement la RdR Alcool dans vos pratiques :
Mythes à questionner
Mythe n°1:
Réduire sa consommation garantit la sécurité
La vision de dOSER
La proposition RdR Alcool :
Cet objectif mérite d’être questionné avant d’en définir la pertinence. La sécurité peut être renforcée par des actions adaptées à chaque situation : ajuster les consommations, anticiper les situations à risque, accompagner l’évolution des habitudes et proposer des informations pratiques pour protéger la santé et le bien-être.
Mythe n°2:
Seules les personnes « dépendantes » ont besoin de soutien
La vision de dOSER
La proposition RdR Alcool :
Les situations à risque peuvent concerner toutes les formes de consommation, indépendamment de la fréquence ou la quantité. L’approche prend en compte le contexte, les habitudes pratiques et les effets sur la santé.
Mythe n°3:
Il existe une seule manière « correcte » de consommer
La vision de dOSER
La proposition RdR Alcool :
Chaque personne a un parcours, des stratégies différentes et des ressentis qui lui sont propres. L’approche favorise des solutions adaptées et personnalisées plutôt que des modèles uniques.
Mythe n°4:
La consommation d’alcool relève de la morale ou du jugement
La vision de dOSER
La proposition RdR Alcool :
L’accent est mis sur la santé, le bien-être et la réduction de la stigmatisation, sans jugement sur le choix ou les habitudes de consommation.
Mythe n°5:
Prévenir les risques se limite à la quantité consommée
La vision de dOSER
La proposition RdR Alcool :
La prévention inclut le contexte de consommation, les situations à risque, les effets sociaux et psychologiques, et les moyens concrets de réduire les dommages.
Et si on
parlait d’alcool
autrement ?
Les mots que l’on utilise comptent !
Un langage neutre et respectueux participe à la déstigmatisation, contribue à créer un climat de confiance et facilite l’accès aux accompagnements et aux soins.
Pourquoi
c’est important ?
pour considérer autrement les personnes consommatrices
pour faire évoluer nos pratiques et mettre en lumière des besoins souvent ignorés
pour donner à voir la diversité des situations vécues et souligner le besoin de nouvelles perspectives
Exemples de reformulation
pour rouvrir le champ des possibles
Alcoolique
Le terme alcoolique, souvent perçu comme une injure, est chargé de jugements et de représentations négatives. Il est donc préférable d’utiliser l’expression personne consommatrice d’alcool, plus objective et sans jugement. Ce terme n’enferme pas la personne dans une identité négative, ne la définit pas par une incapacité et ne la réduit pas à une maladie.
personne
consommatrice d’alcool
Le + de la RdR Alcool :
L’expression personne consommatrice d’alcool permet de s’adresser à toutes et tous et d’aborder l’ensemble des situations liées à une consommation d’alcool, et pas uniquement celles associées à une pathologie.
Problème d’alcool
L’expression problème d’alcool, fréquemment utilisée, tend à laisser entendre que l’alcool serait à lui seul le problème et que son retrait constituerait la solution. Cette lecture ne prend pas en compte le fait que l’alcool peut aussi fonctionner comme une solution d’adaptation, et que toute consommation s’inscrit dans une logique : des effets sont recherchés pour faire face à une situation, à un contexte ou à un besoin.
Solutions d’adaptation
Le + de la RdR Alcool :
Parler de solutions d’adaptation permet de dépasser une vision centrée sur le seul dysfonctionnement et d’ouvrir un espace de compréhension. Cette approche facilite l’identification des besoins réels et soutient l’ajustement de stratégies concrètes de réduction des risques, en cohérence avec les situations vécues.
Déni
La notion de déni est souvent comprise comme le fait de ne pas reconnaître sa situation ou de n’en avoir pleinement conscience. Elle fait porter l’entière responsabilité de l’absence de dialogue sur la personne qui consomme, sans tenir compte des situations de stigmatisation ou de jugement qui rendent nécessaire cette stratégie de protection.
stratégies de protection
Le + de la RdR Alcool :
Parler de stratégies de protection permet de reconnaître que parler de ses consommations d’alcool est une épreuve pour de nombreuses personnes, que des conditions favorables sont nécessaires pour instaurer un climat de confiance, et qu’il est normal de n’en parler que lorsqu’on se sent en sécurité.
Outil
Le stigmatomètre
Un regard, un mot, une attitude peuvent tout changer !
Le Stigmatomètre RdR Alcool est un outil conçu par l’association pour lutter contre la stigmatisation des personnes concernées. Basé sur des témoignages et des expériences vécues, il met en lumière l’impact des jugements et des stéréotypes. Plutôt que de stigmatiser, misons sur un discours de rétablissement, inclusif et résolument positif, pour déconstruire les stéréotypes qui excluent et éloignent du soin.
Attitude face à l'alcool, quels impacts ?
Les attitudes qui soutiennent !
Acceptation et soutien
sans jugement
Impact
favorise la confiance en soi, la parole et la possibilité de demander du soutien
Empathie et respect
- Est à tes côtés sans te juger
- Offre un soutien bienveillant sans condition d’arrêt des consommations
- A confiance en toi et te respecte
- Comprend tes difficultés
- Ne te réduit pas à ta consommation d’alcool
Petites remarques, grands effets !
Curiosité maladroite
ou moquerie
Impact
déstabilise, crée du malaise et amplifie
la perte de confiance en soi
Attitude déplacée
et jugements légers
- Pose des questions intrusives et indiscrètes
- Se moque de toi
- Fait des blagues sur ta consommation
- Donne des conseils inadaptés ou irréalisables
- Considère que tu pourrais facilement faire autrement
Le poids des mots et des attitudes
Remarques intrusives
et désobligeantes ou conseils
non sollicités
Impact
renforce la honte et la culpabilité, la mésestime de soi, le repli sur soi et pousse les personnes à dissimuler leur consos
Préjugés et micro-agressions
- Fait des reproches
- Met toutes tes difficultés sur le dos de l’alcool
- Évite de te fréquenter à cause de ta consommation
- Critique ouvertement ta consommation
- Parle de ta consommation à d’autres personnes sans ton consentement
- A des réactions hostiles et de rejet
Les attitudes qui blessent !
Humiliant, rejetant
et culpabilisant
Impact
installe le tabou, intensifie la détresse,
l’isolement et le sentiment de fatalité.
Exclusion et discrimination
- Te refuse l’accès ou t’exclue d’activités sociales ou professionnelles
- Fait des commentaires dégradants ou humiliants
- Refuse de te fournir des services ou des soins à cause de ta consommation
- Commet des violences verbales ou physiques en lien avec ton rapport à l’alcool
FAQ
Osez poser vos questions
Des questions légitimes pour mieux comprendre le sens et les enjeux de la Réduction des Risques Alcool.
Mais la RdR Alcool, ce n’est pas nouveau : tout le monde le fait déjà, non ?
Exact. Chacun applique déjà certains principes de manière intuitive et pragmatique dans sa vie quotidienne ou auprès des personnes concernées. La RdR Alcool s’inscrit désormais comme une approche de santé publique complémentaire à celles existantes, pour mieux accompagner chacun dans la réduction des risques.
La RdR Alcool n’est-elle réservée qu’à ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas arrêter ?
Non. Elle s’adresse à toute personne consommant de l’alcool, quel que soit son objectif, pour repérer ses propres risques et améliorer son bien-être.
Pourquoi choisir la RdR Alcool alors que d’autres approches existent ?
Parce qu’elle agit autrement ou en complément. Elle permet de sécuriser les situations, de répondre à des besoins souvent invisibilisés et de renforcer l’efficacité de l’accompagnement, tout en respectant la diversité des situations vécues et les choix des personnes, là où certaines approches plus traditionnelles montrent leurs limites.
La RdR Alcool ne risque-t-elle pas de déresponsabiliser les personnes ?
Non. Au contraire, la démarche reconnaît la capacité des personnes à être responsables de leurs choix, en les outillant et en les incitant à identifier et réduire les risques, tout en renforçant leur autonomie, leur sécurité et leur bien‑être.
La RdR Alcool ne risque-t-elle pas d’encourager la consommation ?
Non. Elle consiste à observer les consommations telles qu’elles sont réellement, pour agir de manière ciblée, les faire évoluer et réduire les risques associés.
Ne banalise-t-elle pas la consommation d’alcool ?
Non. La démarche s’inscrit dans une approche de santé publique : elle reconnaît les risques réels liés à l’alcool et veille à offrir à chacun des solutions concrètes pour les réduire, tout en recherchant l’amélioration de la qualité de vie.
Comment savoir si la RdR Alcool fonctionne vraiment ?
Par ses résultats concrets : amélioration du bien‑être et du quotidien dans toutes ses dimensions, meilleur équilibre de consommation, sécurité renforcée, prise en compte des besoins de santé et accompagnement plus efficace dans le parcours de soins.
Je ne suis pas spécialiste en addictologie, puis-je appliquer la RdR Alcool ?
Oui. Elle repose sur des principes simples et concrets, accessibles à tous les intervenants comme aux personnes concernées : observer les consommations dans leur réalité, identifier les risques et agir pour les réduire, sans jugement.
La RdR Alcool n’est-elle pas trop complexe à mettre en œuvre et à intégrer dans les accompagnements ?
Pas du tout. C’est un outil progressif et pragmatique, au service de l’accompagnant.e, qui permet de créer une nouvelle alliance avec la personne et de renforcer les actions déjà engagées pour son accompagnement.
La RdR Alcool signifie-t-elle renoncer à l’interdit comme cadre protecteur, notamment dans les établissements ?
Non. La RdR Alcool ne consiste pas à supprimer les règles ou l’interdit, mais à les repenser pour mieux interroger leur rôle protecteur. Elle permet de réévaluer comment le cadre peut réellement sécuriser les personnes, en adoptant une posture plus ouverte et bienveillante. L’objectif est de mettre le cadre au service de la réduction des risques, de la sécurité et du bien‑être, tout en respectant les obligations légales et institutionnelles.
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Ensemble, faisons évoluer les regards.